20ème anniversaire du classement de Luang Prabang au patrimoine mondial de l’UNESCO : séminaire d’inauguration

Du 7 au 9 décembre 2015, la ville de Luang Prabang célèbrait les 20 ans de son classement au patrimoine mondial par l’UNESCO. La France, qui a beaucoup contribué à la préservation et à la mise en valeur du patrimoine de la ville, y était représentée par l’Ambassadrice de France au Laos, Mme Claudine Ledoux, qui accueillait à cette occasion le Président du groupe d’amitié France-Laos du Sénat, le sénateur Vincent Eblé ainsi que les sénateurs Catherine Tasca et Marie-Annick Duchêne. La mairie de Chinon, ville jumelée à Luang Prabang, était aussi présente.

L’Ambassadrice de France, accompagnée de cette délégation française, a participé le lundi 7 décembre à l’ouverture du séminaire sur les 20 ans du classement de la ville de Luang Prabang au patrimoine mondiale de l’UNESCO, en présence du Vice Premier Ministre et Ministre de l’éducation, S.E M Pankham Viphavanh.

7 décembre 2015. Ouverture du séminaire sur les 20 ans du classement de la ville de Luang Prabang au patrimoine mondial de l'UNESCO. - JPEG

En ouverture du "séminaire international sur la préservation du patrimoine mondial du Luang Prabang", la Présidente déléguée pour le Laos du Groupe interparlementaire d’amitié France – Cambodge et Laos et ancienne ministre de la culture, Mme Catherine Tasca, a prononcé le discours suivant :

Monsieur le Vice Premier ministre,

Monsieur le Gouverneur,

Madame la représentante de l’UNESCO,

Madame l’ambassadrice de France,

Monsieur l’Ambassadeur du Laos en France,

Mme la représentante de la Ville de Chinon,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis Lao,

En ouverture de la célébration du 20ème anniversaire de l’inscription de la ville de Luang Prabang, ville royale et monastique, au patrimoine mondial de l’UNESCO, je tiens tout d’abord, avec les membres de notre délégation sénatoriale, M. Vincent Eblé, Président du groupe interparlementaire d’amitié France – Cambodge et Laos, et Mme Marie-Annick Duchêne, vice-présidente, à remercier le Gouvernement de la République démocratique et populaire Lao, qui vient de fêter les 40 ans de sa création, son Vice Premier ministre et, tout particulièrement, le Gouverneur de Luang Prabang pour leur invitation.

En qualité de Présidente déléguée pour le Laos, et aussi ancienne présidente du groupe interparlementaire d’amitié, je suis aujourd’hui à la fois très touchée de revenir sur ces lieux et très honorée de m’exprimer pour le Sénat français, au nom de son Président Gérard Larcher, qui m’a demandé de le représenter.

Après les visites croisées de nos chefs d’Etats, M. François Hollande en 2012 à l’occasion du sommet Europe–Asie et M. Choummaly Sayasone en visite d’Etat en 2013, la coopération entretenue entre nos deux pays s’opère maintenant aux plus hauts niveaux. Le Sénat de la République Française y tient toute sa place et ce, depuis de nombreuses années. Il la tient d’abord grâce à ses membres et je veux rendre ici hommage à nos collègues, tous deux anciens sénateurs, Jean Faure, et Yves Dauge. C’est M. Dauge qui très tôt en sa qualité de Maire de Chinon a été sollicité par Mme Minja Yang, alors directrice au centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, dont je tiens à saluer l’action déterminante au lancement de cette belle aventure, pour faire de Luang Prabang la référence de la coopération décentralisée entre la France et le Laos. Le Sénat tient également toute sa place en matière de coopération du fait de sa spécificité institutionnelle : en France, la Constitution confère au Sénat le rôle de représentant des collectivités territoriales. Ainsi, les deux derniers rapports de notre groupe d’amitié ont porté sur la coopération : après leur déplacement de septembre 2008, Jean Faure, alors président du groupe, et Yves Dauge, rédigeaient un rapport intitulé « La coopération française au Laos : exemple de Luang Prabang » ; après avoir conduit une délégation ici même en 2011, j’ai présenté un rapport intitulé « Cambodge et Laos : pays des possibles pour la coopération française ».

J’ajoute que, depuis André Malraux, premier Ministre de la Culture de la France, notre pays mène une politique active en matière de protection du patrimoine à laquelle le Président du Sénat, Gérard Larcher, attache la plus grande importance.

Ce thème est de toute actualité au Sénat, puisque nous nous apprêtons à examiner, d’ici quelques semaines, un projet de loi refondateur sur le patrimoine et la création culturelle et architecturale, que l’Assemblée nationale a adopté en première lecture en octobre dernier.

Enfin, nos deux pays sont liés par notre commune appartenance à la Francophonie. Le partage de la langue commune a tissé des liens solides et permet plus aisément l’échange des expertises. C’est pour toutes ces raisons, et compte tenu du caractère exemplaire de la coopération menée par les villes de Chinon, avec la Région Centre, et Luang Prabang, que le Président du Sénat a accordé son haut patronage à cette célébration.

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Si nous sommes ici réunis, c’est bien sûr pour célébrer 20 ans d’une coopération exemplaire mais, et c’est le plus important, nous sommes également réunis pour préparer l’avenir, renouveler les partenariats et aborder les nouveaux défis, qu’il s’agisse de la conservation du patrimoine ou du développement d’un tourisme respectueux des lieux et des populations.

Jean Faure et Yves Dauge écrivaient dans leur rapport de mission que Luang Prabang est la ville symbole de la coopération décentralisée entre la France et le Laos. C’est en raison de son patrimoine remarquable et unique, ses pagodes, son habitat, sa végétation, que cette ville a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en décembre 1995. Dès 1996, à l’initiative d’Yves Dauge, était créée la Maison du patrimoine, organisme en charge de la protection et de la mise en valeur du site. Cette Maison est le meilleur exemple de l’ambition du projet partagé par l’UNESCO, la France et le Laos et du transfert de compétences qui s’est concrétisé d’années en années dès 1995. Par la suite une convention de coopération décentralisée a été signée en 1997 et renouvelée tous les trois ans – la dernière signature de renouvellement entre les deux villes a eu lieu hier dimanche.

La ville de Chinon s’est appuyée sur les compétences de l’Agence de développement et d’urbanisme du Chinonais (ADUC) pour développer sa coopération avec Luang Prabang. Au fur et à mesure du développement du projet, d’autres acteurs sont intervenus, au premier rang desquels l’Agence française de développement (AFD) dans le cadre de trois plans d’aménagement et de développement dont le troisième est en cours. Cette action a bénéficié du soutien constant de l’UNESCO, du Ministère français des Affaires étrangères et du Ministère de la Culture. Et bien entendu du Gouvernement Lao, du Vice Premier ministre, Président du Comité national du patrimoine mondial. M. Lengsavad hier et aujourd’hui vous-même.

Ainsi, grâce à la coopération décentralisée nouée avec la ville de Chinon, la ville de Luang Prabang a pu être depuis lors protégée efficacement tout en favorisant un fort développement économique. Mais c’est aussi et surtout grâce à la forte implication des autorités Lao, locales, avec lesquelles Yves Dauge et l’équipe de la Maison du Patrimoine, ont su créer une relation d’une qualité exceptionnelle. Et je veux saluer ici le rôle du directeur M. Bounnhang qui vient de disparaître. L’idée initiale était de créer un service local qui deviendrait responsable du projet. L’équipe s’est construite peu à peu autour de Philippe Colucci et de Michel Brodovitch, dont je salue l’expertise et l’attachement à ce pays, jusqu’à devenir une véritable agence d’urbanisme et d’architecture au service de la province qui comprend aujourd’hui 25 personnes qui gèrent au jour le jour le plan de sauvegarde. C’est aussi ainsi qu’a pu être élaborée une loi patrimoine qui couvre désormais l’ensemble des questions patrimoniales du pays.

La solide expérience et la confiance mutuelle acquise depuis plus de 20 ans sont des atouts très précieux pour développer plus largement la coopération.

Ainsi, la vallée autour de Luang Prabang est très riche pour la flore et la faune, c’est un patrimoine naturel à préserver. L’écotourisme semble aussi être un projet d’avenir pour le Laos car il est respectueux du mode de vie des populations.

Nous savons que le Laos comprend un autre site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le site du Vat Phu qui pourra certainement bénéficier de l’expérience de Luang Prabang.

Il existe bien d’autres secteurs où la coopération avec la France a toute sa place : l’agriculture et la sécurité alimentaire, le développement des infrastructures urbaines, la santé et la lutte contre le sida. Je salue ici le rôle de l’Agence Française de Développement.

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Je voudrais terminer mon propos sur un sujet qui me tient à cœur, notamment en qualité d’ancienne ministre de la culture. Il faut prendre également en compte le « patrimoine vivant ».

Le Laos est un pays d’une très grande richesse et diversité culturelle. L’inscription au patrimoine mondial est une promesse. Une promesse de préservation d’un site unique, face aux pressions immobilières toujours plus fortes. Une promesse de transfert de compétences et de savoir-faire en matière de conservation. Mais aussi une promesse de développement et d’attrait touristique accru.

Ces défis difficiles à concilier, le Laos a su les surmonter avec ténacité et talent en préservant aussi son patrimoine vivant. Parce que prédomine, au Laos comme en France, la conscience aigüe qu’un monument ou un site représente davantage que l’assemblage, fût-il réalisé avec art, des éléments qui le constituent : il traduit de façon concrète une histoire, des coutumes, une culture, un destin. Parce que nier l’héritage, c’est détruire l’homme. Les terroristes l’ont bien compris qui, dans de nombreux pays, détruisent monuments et œuvres d’art, comme ils tuent pour détruire un art de vivre.
Le chemin parcouru en 20 ans est remarquable et notre délégation vous remercie de nous associer à ce bel anniversaire.

Vous vivez ici une expérience unique et réussie que nous avons à cœur de soutenir et conforter pour l’avenir.

Mesdames et Messieurs,

Le Laos, comme la France, a fait siennes les valeurs de l’Unesco, énoncées dans le préambule de sa Charte : « Elever dans l’esprit des Hommes les défenses de la paix ». Ces valeurs constituent les fondements d’une coalition mondiale pour la préservation du patrimoine. Le Sénat se tient à vos côtés pour qu’ensemble, nous fassions prospérer ces valeurs : à travers le patrimoine, elles sont le signe de l’Humanité.

Je vous remercie.

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Pour consulter le programme complet des festivités :
www.luangprabang20.com

Dernière modification : 11/12/2015

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