Auguste Pavie : "au Royaume du million d’éléphants"

Sorte de testament spirituel de Pavie, publié en 1921, sous le titre "A la conquête des cœurs", ce livre a été réédité en 1995 sous un nouveau titre.

Auguste Pavie : Au Royaume du Million d’Éléphants (A la conquête des coeurs)
Exploration du LAOS et du TONKIN
1887 - 1895
par AUGUSTE PAVIE

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A la fin de sa vie, Pavie relie son journal de route couvrant essentiellement les années 1887/88 où il a sillonné le Laos et les hautes vallées du Tonkin ; il résidait alors à Luang Prabang. Le livre conserve la forme du journal mais il est enrichi de la vision rétrospective et de l’émotion qui étreint le vieil homme au souvenir de ces événements datant de plus de trente ans.

Dans une longue introduction, Auguste Pavie revient sur les trois années qu’il a passé dans le petit port de Campât au Cambodge. Il explique comment est née en lui l’idée de ce qui deviendra "La mission Pavie" au Laos. Ces pages décrivent avec beaucoup de tendresse la vie de ce jeune responsable de bureau télégraphique : ses idées à son arrivée, ses rencontres, sa progressive accoutumance à la vie cambodgienne. On retient surtout la relation d’amitié qui naît entre ce jeune français et le chef des bonzes de la pagode de son quartier. C’est en conversant avec cet homme qu’il va pénétrer au plus profond de la culture khmère.

Dans le corps du livre, quand Pavie se met à raconter son expérience à Luang Prabang, on retrouve la même relation d’affectueuse admiration pour le chef des bonzes de Vat Mai. C’est le premier habitant de la ville à qui il parle et c’est par lui qu’il prend connaissance des chroniques du Royaume qu’il éditera dans les volumes de sa Mission. Alors que la ville est mise à sac par les Pavillons Noirs, il convoie le vieil homme blessé jusqu’à Paklay et le soigne. Lorsqu’il revient d’une connaissance au Tonkin, il est logé dans l’enceinte du Vat Mai.

Il éprouve les mêmes sentiments pour le Roi Oun Kham, dont il est moins proche, présence officielle des siamois oblige, mais à qui il sauve la vie : le Roi doit son salut lors du sac de la ville à la présence du cambodgien Kèo, de l’équipe de Pavie, qui le protège et l’embarque d’urgence dans une pirogue en direction de Paklay.

Récit de deux années particulièrement mouvementées de la vie de Pavie et de l’histoire de Luang Prabang, ce livre est captivant par la force de ses descriptions et surtout par l’enthousiasme constant de son auteur. L’attention respectueuse qu’il porte aux hommes qu’il découvre et à leur culture ainsi que sa formidable capacité à s’émerveiller sont pour beaucoup dans l’intérêt qu’il a à se plonger aujourd’hui encore dans cette lecture.

Voici un extrait de "Au Royaume du Million d’Éléphants", où Pavie décrit le marché qui se tient chaque matin devant le Vat Mai, sa résidence du moment :

« Cette grande rue commence devant le Vat Mai. Les vendeuses assises de ses deux côtés sur des tabourets en rotin tressé - aussi élégants qu’ils sont minuscules - abritent du soleil leur étalage simple sous des parasols venant du Yunnan ou sous des toitures en lames de bambou.
Elles sont femmes ou filles de Luang Prabang et se reconnaissent à l’aisance des gestes et de l’attitude, à plus de souplesse et de distinction, à leur civilité douce et familière, à un raffinement dans l’habillement et dans la parure, à leur coquetterie d’un charme ingénu.
Elles se vêtent de jupes à raies verticales tissées soie et or, de menue valeur dont, élégamment, une sous-jupe blanche grossit les plissements. A cause du frais de la matinée elles portent des vestes gentiment brodées que l’écharpe recouvre. Des fleurs par bouquets chargent leurs cheveux.
Si modestes que soient leurs petites boutiques, elles ont auprès d’elles la théière, la tasse, la boîte à bétel, la cire pour les lèvres et des cigarettes.
Leurs arrangements installés proprets en quelques minutes présentent d’infimes choses toujours disposées avec tant de goût et de naïveté qu’elles forcent l’attention, et quand la marchande, d’un coup d’oeil gracieux - en même temps discret, pour ne pas nuire à sa voisine - appelle l’acheteur, il ne peut moins faire que complimenter, au moins du regard, l’ensemble charmant.
Elle plaît à l’extrême, cette promenade dont l’attrait augmente chaque fois qu’elle revient »

Il est émouvant d’imaginer ce vieil homme se souvenant de détails aussi infimes et en même temps tellement caractéristiques - comme ce coup d’oeil gracieux et discret de la vendeuse - alors qu’il écrit dans sa maison bretonne, à tant d’années et tant de kilomètres de cette rue de Luang Prabang. C’est le fait d’un homme touché à vie par ce qu’il a vécu si intimement.


Le 31 mai 1997, à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance d’Auguste Pavie, un hommage lui a été rendu à l’Ambassade de France, en présence de l’Ambassadeur et du public. Une gerbe a été déposée au pied de sa statue.
En outre, Dinan, ville qui l’a vu naître, a également fêté cet anniversaire, sous l’égide de l’ONG le Frangipanier. Musique Lao, danses traditionnelles, le BOUN LAO en Bretagne...

Dernière modification : 15/06/2006

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