Colloque économique - Synthèse des travaux

Lundi 9 juin 2014, un débat sur le thème "L’abondance de ressources garantit-elle le développement ?" s’est tenu à l’Institut français du Laos. Une synthèse des travaux est désormais disponible.

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Séminaire économique
Le Laos à la croisée des chemins

Jour 1 : L’abondance des ressources garantit-elle le développement ? 9 juin 2014

Ce débat d’une durée de deux heures s’est déroulé à l’Institut français du Laos sous la forme d’une table-ronde avec :

  • Dr Bounthavy SISOUPHANGTHONG - Vice-Ministre du plan et de l’investissement ;
  • M. Jean-Marc CHATAIGNER - Directeur adjoint de la Direction générale de la mondialisation, du développement et des partenariats, Ministère des affaires étrangères et du développement international ;
  • M. Richard RECORD - Expert économiste auprès de la Banque Mondiale au Laos ;
  • M. Jean-Bernard DE MILITO - Expert économiste auprès de la Délégation de l’Union européenne au Laos.

    Le modérateur était M. Minh PHAM - Ancien Coordinateur résident du PNUD au Laos.

    NB : Ce compte-rendu préserve l’anonymat des intervenants, condition de leur expression libre au cours du débat. Les deux économistes invités ainsi que le modérateur se sont exprimés sans engager leurs institutions respectives.

Réponse provisoire à la question posée en exergue de cette première journée, l’abondance des ressources n’assure pas le développement mais elle ne constitue pas non plus forcément une “malédiction” – cela dépend avant tout de la qualité de la gouvernance qui l’accompagne.

Le Laos bénéficie depuis sa libéralisation économique engagée en 1986 d’une forte croissance. Celle-ci cependant pourrait être entravée par 4 facteurs : la dégradation de l’environnement, les inégalités qui se creusent entre villes et campagnes ainsi qu’avec l’économie informelle, le retard dans l’accomplissement de certains OMD et la fragilité budgétaire. Un développement qui ne susciterait pas l’augmentation des emplois de qualité ne risque-t-il pas de voir le Laos devenir un « pays riche peuplé de pauvres », au détriment de l’objectif de sortir des PMA en 2020 ?

Sa stratégie politique reste cependant résolument tournée vers le maintien d’un taux de croissance durable de 8% et la mise en valeur du potentiel hydro-électrique, générateur de ressources. A l’heure de l’intégration à la communauté économique de l’ASEAN en 2015, la recherche de compétitivité au moyen d’investissements de qualité devient une priorité de politique publique.

La question du lien entre ressources naturelles, croissance et développement est à mettre en perspective au vu d’expériences d’autres pays en développement, notamment africains. Les situations de fragilité institutionnelle ont pu y conduire à la corruption et à la guerre civile. Mais des exceptions heureuses à la « trappe de ressources naturelles » sont signalées, à l’exemple du Botswana et de l’île Maurice. Grâce à des politiques appuyées sur la stabilité institutionnelle, des stratégies de diversification, des stratégies de développement du capital humain, l’exploitation des ressources naturelles peut aller de pair avec une croissance durable. Il n’y a donc nulle fatalité dans les effets de l’usage des ressources naturelles, le succès relève avant tout du rôle de l’Etat, de la bonne gouvernance et de politiques économiques volontaires et anticipant les signaux du marché et répondant aux besoins de sa population.

La politique fiscale doit être en mesure de déterminer d’autres secteurs prioritaires d’affectation des ressources. La politique budgétaire, miroir d’une gouvernance partagée, doit déterminer par la redistribution des revenus les moteurs du développement humain qu’il convient de privilégier (population cible, santé, éducation).

Dans le cas du Laos, les ressources minières et hydro-électriques contribuent pour moitié à la croissance, au prix d’investissements massifs à l’origine d’une vulnérabilité croissante à la volatilité des cours mondiaux ainsi qu’aux aléas de l’environnement économique et politique en Thaïlande. Aussi voit-on les salaires augmenter plus vite que la productivité, le taux de change handicaper les autres secteurs de l’économie délaissés par les investisseurs et la main d’œuvre locale, au détriment de la nécessaire diversification des activités.

Dans ce contexte, la politique fiscale et les mécanismes de redistribution sont en question. De la qualité de la gouvernance en cette matière dépend la capacité d’une société à orienter ses ressources vers la satisfaction des besoins fondamentaux, notamment l’éducation, la santé et les transports. Or au Laos, un centralisme politique insuffisamment équilibré par la société civile ne permet pas une allocation optimale des ressources. Aussi faut-il s’étonner qu’avec un taux de croissance aussi élevé depuis une décennie la réduction de la pauvreté soit encore aussi insuffisante. Malgré un budget considérable (3,7 Mds USD cette année), sa répartition n’a pas évolué, l’éducation stagnant à 11-13% et la santé à 3-7% alors que les expériences réussies en Afrique reposent sur des investissements publics massifs dans ces domaines, sur la transparence de l’investissement étranger privé et sur la préservation des ressources au bénéfice des générations futures.

Tout n’est pas question que de moyens mais aussi d’affectation de ceux-ci. Par exemple, une part excessive du budget laotien consacré à l’éducation est absorbée par les salaires des enseignants, au détriment probable de la qualité de l’enseignement et de l’équilibre des savoirs qui y sont enseignés. Ne faudrait-il pas stimuler l’interdisciplinarité des enseignants afin d’augmenter leur niveau de qualification, garantir un socle de connaissance plus important, permettre une meilleure flexibilité dans leur affectation nationale ?

Enfin, quand 40 % des dépenses inscrites au Budget de l’Etat (hors dépenses militaires) ne sont pas expliquées, la maîtrise du déficit public est rendue d’autant plus difficile.

En conclusion, l’exploitation des ressources naturelles ne saurait constituer une panacée ni même une certitude de revenus futurs - « les diamants ne sont jamais éternels » - si elle ne permet pas d’améliorer la satisfaction des besoins humains et le développement d’un capital humain garantissant au Laos sa transition vers une économie plus diversifiée. Il s’agit de mobiliser des investissements massifs - mais le Laos en a maintenant les moyens - et d’en affirmer l’enjeu de gouvernance politique.

De manière transversale, la transition d’une approche quantitative vers une approche qualitative est l’une des questions posées à un Laos « à la croisée des chemins ». Focalisée sur un objectif quasi unique de croissance élevée, réalisé grâce à des investissements massifs peu difficiles à drainer vue l’attractivité des ressources naturelles du pays, la politique économique est maintenant questionnée sur l’absence d’objectifs plus ambitieux de régulation, de redistribution et de réinvestissement, dont la réalisation et l’effectivité seront étroitement liées à une gouvernance renforcée.

Cette synthèse est également disponible en version PDF.

Dernière modification : 21/07/2014

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