Des archéologues français découvrent les plus vieux restes humains de la région à Tam Pa Ling

L’Ambassadrice de France, Mme Claudine Ledoux, le Directeur-général de la Direction générale du Patrimoine et M. Fabrice Demeter, paléoanthropologue auprès du Muséum national d’histoire naturelle (Paris) ont participé à une conférence de presse au Musée National le lundi 4 avril pour présenter aux médias laotiens les découvertes de fossiles humains trouvés sur le site de Tam Pa Ling, dans la province de Hua Phan, grâce aux travaux de recherche menés depuis plusieurs années avec des scientifiques français.

L’Ambassadrice de France a rappelé en ouverture de la conférence de presse que " l’archéologie française à l’étranger est l’héritière d’une tradition d’excellence que perpétuent les travaux de recherche conduits avec nos partenaires dans plus de 60 pays. Elle constitue à ce titre un vecteur privilégié du rayonnement international de la France. L’archéologie est une discipline essentielle à la compréhension des territoires, des peuples et de leurs identités.Elle permet aussi de nouer des relations pérennes avec les sociétés civiles par la mise en réseau des communautés de chercheurs."

L’Ambassadrice a également souligné qu’au delà de sa dimension scientifique, une mission archéologique doit être comme un véritable projet de développement qui puisse apporter aux partenaires une valeur ajoutée. Pour cette raison, la recherche dans ce domaine participe d’une dynamique qui inclut la protection du patrimoine, la mise en valeur touristique des sites et l’emploi local dans les chantiers de fouilles. Ces missions de coopération contribuent donc d’une part à la formation des professionnels de l’archéologie et du patrimoine et représentent, d’autre part, un levier de développement économique et durable très apprécié.

Huaphan, une province bien connue des archéologues français

Fabrice Demeter, paléoanthropologue auprès du Muséum national d’histoire naturelle de Paris et Laura Shackelford de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign aux Etats-Unis sont ensuite revenus sur les travaux menés depuis plus de dix ans dans la province de Hua Phan avec la collaboration de nombreux autres experts de plusieurs universités françaises mais également d’autres pays d’Europe, d’Amérique et d’Océanie, avant d’annoncer la découverte des restes de l’Homme le plus ancien jamais retrouvé dans la région, c’est-à-dire en Asie du sud-est continentale, mis au jour dans la grotte de Tam Pa Ling et âgé de plus de 50 000 ans.

Cette aventure a commencé il y a bientôt 20 ans, au 17ème congrès des Préhistoriens de l’Indo-pacifique (IPPA). M. Sayavongkhamdy avait alors fait part de son récent succès à avoir retrouvé le site mythique de Jacques Fromaget, l’abri sous roche de Tam Hang, au pied du massif de Pa Hang. Jacques Fromaget, était alors chef du Service géologique d’Indochine en 1934 lorsqu’il découvrit le site de Tam Hang. Il y fouilla durant deux années et y mis au jour 17 sépultures humaines vieilles de 13 000 ans et du matériel lithique.

Découvertes récentes dans la grotte de Tam Pa Ling

Presque 70 ans plus tard, en 2003, Fabrice Demeter et son équipe sont retournés sur le célèbre site, grâce à une subvention de la Fondation Fyssen à Paris, avec Thongsa Sayavongkhamdy alors Directeur Général du Département du Patrimoine et des Musées, Anne-Marie Bacon du CNRS, et John de Vos du Museum d’histoire naturelle de Leiden. Ils ont alors découvert une industrie lithique de type hoabinienne et les datations réalisées avaient montré une occupation continue de près de 10 000 ans.

Depuis 2007, cette équipe de chercheurs y sont revenus tous les ans, grâce en grande partie au financement du Ministère des Affaires étrangères français, rejoints par des géologues de l’Université de Strasbourg, une archéologue du Muséum de La Rochelle et de la géochronologiste de l’Université Macquarie en Australie.

En 2009, alors que l’équipe arrivait en fin de campagne de fouille de l’abri sous roche de Tam Hang, le géologue Philippe Duringer, a découvert l’entrée de la grotte de Tam Pa Ling, qui se situe au sommet du massif de Pa Hang, ce massif qui était fouillé depuis 2003.

Les quatre individus découverts à ce jour à Tam Pa Ling attestent que des populations présentant une grande variabilité morphologique se côtoyaient il y a 50 000 ans dans la chaîne montagneuse annamitique du Haut Laos. Si ils sont les descendants de populations qui ont quitté l’Afrique vers 100 000 ans, ils pourraient aussi être les ancêtres des premières populations qui ont migré vers l’Australasie et l’Australie il y a environ 50 000 ans. Dans leur travail pour comprendre comment ces migrations se sont mises en place, les paléoanthropologues sont désormais de plus en plus épaulés par la génétique. C’est ainsi qu’une collaboration récente s’est mise en place avec l’institut GeoGenetique de Copenhague dirigé par le professeur Eske Willerslev, afin d’en apprendre plus sur l’histoire des premières migrations humaines dans la région.

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Dernière modification : 05/04/2016

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