Discours de M. Yves Carmona à l’occasion du 96ème anniversaire de l’Armistice

"Le 11 novembre 1918, à 11 heures précises, les clairons du front sonnèrent le cessez-le-feu. Quelques heures plus tôt, l’Armistice, dont nous célébrons aujourd’hui le 96ème anniversaire, avait été signé à Rethondes, mettant fin à la Première Guerre mondiale.

Mais il y a 100 ans exactement, en novembre 1914, les hostilités étaient loin de s’achever. Après la guerre de mouvement sanglante de l’été, l’horreur des tranchées attendait les survivants.

Quatre longues années dans la boue, dans le sang et dans la peur. Une longue guerre d’usure, ponctuée d’offensives meurtrières et absurdes, de combats au corps à corps, parfois à l’arme blanche, et ne permettant souvent qu’une avancée de quelques kilomètres. Entre février et juin 1916, ce sont 300 000 hommes qui tombèrent lors de la bataille de Verdun, la plus terrible du conflit.

« Je trouve que c’est une victoire, parce que j’en suis sorti vivant » écrivit l’écrivain français Roland Dorgelès. Difficile en effet, passée l’euphorie de l’Armistice, de se réjouir face à un bilan à la démesure du conflit : un soldat sur six est mort au combat, un sur trois est blessé. En tout, 18 millions de morts, 6 millions d’invalides, plus de quatre millions de veuves et deux fois plus d’orphelins...

La guerre n’a épargné personne. Pour la première fois, le conflit est mondial, total. Les peuples des empires coloniaux ont été projetés sur les champs de bataille. Je pense bien sûr à ces quelques 40 000 Indochinois, envoyés combattre en France et en Orient entre 1916 et 1918. Plus de 1 000 ne revinrent pas, et parmi eux ces cinq hommes nés au Laos et auxquels nous avons rendu hommage tout à l’heure au cimetière. Je tiens d’ailleurs à féliciter les élèves de 1ère du lycée Josué Hoffet qui, avec l’aide de leur professeur Mme de Vathaire, sont à l’origine de cette belle démarche.

Si ce conflit fut mondial, c’est aussi grâce à l’intervention d’Etats alliés pourtant géographiquement très éloignés, mais venus défendre des valeurs auxquelles ils croyaient. Je pense en particulier à l’Australie, où se rendra la semaine prochaine le président Hollande. Sur une population de moins de 5 millions d’individus à l’époque, plus de 400 000 hommes, tous volontaires, s’engagèrent. Sur le front oriental, la bataille de Gallipoli, le 25 avril 1915, jour de l’engagement du corps d’armée australien et néozélandais, est désormais célébrée tous les ans, lors de l’ANZAC Day. En France, nul n’a oublié le rôle des soldats australiens lors des batailles de Villers-Bretonneux, de Pozières, ou encore de Fromelles.

Non, la France n’oublie pas. Chaque 11 novembre, elle se souvient de la Première Guerre mondiale. Chaque 11 novembre, la France honore la mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie pour la défendre, qui se sont battus au nom d’idéaux de paix et de liberté.

Parce qu’elle marque le centenaire du début de la guerre, les commémorations de cette année 2014 sont bien sûr hautement symboliques.

L’entrée dans le centenaire a commencé cet été à Sarajevo, en Bosnie, là même où il y a 100 ans, l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche avait précipité le monde dans le conflit. Lors de l’opération « Sarajevo, cœur de l’Europe », la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne mais aussi l’Union européenne ont organisé de nombreux événements culturels, sportifs, pédagogiques et scientifiques, placés sous le signe du souvenir d’un siècle d’histoire européenne.

Un peu plus tard, le 14 juillet, lors de la fête nationale française, les représentants des 70 pays dont les peuples avaient pris part à la Première Guerre mondiale étaient invités à assister au traditionnel défilé sur les Champs-Elysées. Je sais que l’Ambassadeur du Laos à Paris, S.E. M. Ouan Phommachak était présent à cette occasion.

Enfin, aujourd’hui même, il y a quelques heures à peine, le Président de la République, M. François Hollande, a inauguré le Mémorial international de Notre-Dame-de-Lorette, dans le Nord-Pas de Calais. Les noms des 600 000 hommes tombés sur les champs de bataille de la région y sont inscrits par ordre alphabétique, sans distinction de nationalité, afin de rendre hommage à tous les combattants de la Grande Guerre.

Célébrer le 11 novembre, c’est célébrer ce jour où, enfin, la tuerie s’est arrêtée. Ce jour où l’on pouvait espérer qu’elle serait la dernière, la « Der des Ders ». Ce jour où l’on ne savait pas encore que l’horreur ne faisait que s’interrompre et qu’elle recommencerait à peine deux décennies plus tard.

Mais aujourd’hui, enfin, notre pays est en paix. Cette paix porte un nom, c’est l’Union européenne. Elle est la fille de dirigeants courageux, membres d’une génération marquée par deux guerres mondiales, et qui ont su s’entendre pour mettre un terme à la barbarie en Europe.

La France n’a plus à craindre ses voisins, et pourtant elle ne baisse pas la garde. En valeur, le budget français alloué à la défense en fait la quatrième puissance militaire mondiale, malgré les difficultés budgétaires. Car il n’existe pas de paix durable sans effort continu dans le domaine de la défense. C’est grâce à cet effort que la France est capable de mener des opérations de maintien de la paix, sous mandat des Nations Unies ou de l’Union européenne, en Afrique, au Sahel, et depuis peu au Moyen-Orient. C’est grâce à cet effort que sans relâche elle apportera son soutien à des opérations au service des valeurs universelles que sont la paix et la liberté.

Je vous remercie."

Dernière modification : 12/11/2014

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