Discours de l’Ambassadeur de France à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie

Discours de l’Ambassadeur de France, Journée internationale de la Francophonie (jeudi 20 mars 2014, Paksé )

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Gouverneur,
Messieurs les Ambassadeurs du Vietnam et du Cambodge,
Monsieur Southam SAKONHNINHOM, Correspondant de la RDP Lao auprès de l’OIF
Mesdames et Messieurs les Chefs de département des Services Provinciaux,
Monsieur le Maire du district de Paksé,
Mesdames et Messieurs les Représentants des ministères de l’Education et de la Culture,
Mesdames et Messieurs les Responsables d’établissements scolaires et universitaires,
Monsieur le Représentant de l’Agence Universitaire de la Francophonie,

Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

En ce 20 mars, ici à Paksé, nous célébrons ensemble, comme 220 millions de locuteurs francophones à travers le monde, notre bien commun : la Francophonie.

Cette date marque l’anniversaire de la fondation en 1970 de l’Agence de coopération culturelle et technique, ancêtre de l’actuelle Organisation Internationale de la Francophonie.

Vingt et un ans plus tard, le Laos décidait de rejoindre cette communauté francophone qui compte désormais 77 Etats et gouvernements membres et qui joue, en 2014, un rôle de premier plan dans le concert des nations.

Depuis son adhésion, le Laos a connu de profondes mutations et il est aujourd’hui un acteur largement reconnu au niveau régional et international.

Grâce à la Francophonie, le Laos et la France ont préservé et renforcé une relation dont l’intensité et l’étendue attestent d’une amitié et d’un partenariat solides entre nos deux pays.

En effet, la langue française, notre langue commune, est source de valeurs et de partage. Le français fonde sa grandeur non pas sur un rapport de domination ou d’impérialisme, mais sur les valeurs universelles que notre langue a vocation à transmettre, notamment la solidarité et c’est avec émotion que j’y fais référence en cette ville de Paksé. A cet instant, je pense en effet à la solidarité manifestée par cinq étudiants du Collège Médical de Champassak qui ont aidé à identifier les victimes de la catastrophe aérienne qui a endeuillé nos deux pays en octobre dernier.

La diversité culturelle est aussi la marque de la langue française. C’est dans ce principe fondamental que nos actions communes en faveur de la francophonie s’inscrivent ici au Laos.

« Oui, la Francophonie est le creuset même du multilinguisme et de la diversité culturelle. C’est pourquoi, elle a toujours essayé de refléter dans ses actions, la multiplicité des situations du français et ses rapports multiformes avec les autres langues. »

Cette citation d’Abdou Diouf, secrétaire général de l‘Organisation Internationale de la Francophonie, souligne que la maîtrise de la langue française permet à tout individu d’exprimer son identité propre. L’OIF encourage en effet l’émergence de modes d’expression novateurs en soutenant les artistes et la création et ce soutien à la création est évidemment au cœur des nombreuses activités et concours organisés ici au Laos à l’occasion des célébrations de la Francophonie.

Que ce soit à travers le concours des Olympiades, le concours Photo ou l’ « Educamp » consacré au numérique, c’est chaque année une part précieuse et parfois même inédite de l’identité laotienne qui s’exprime pendant ce mois de la Francophonie. Ces moments sont donc inestimables et illustrent de façon éclatante les grands principes qui sous-tendent l’idée même de la Francophonie.

Dans un monde devenu multipolaire, la défense du pluralisme linguistique et culturel est essentielle, et nous, francophones, sommes tous déterminés à ce que la Laos y assume la place qui est la sienne à l’image de ses voisins proches, notamment le Viet Nam et le Cambodge qui participent de la même ferveur et du même sentiment d’appartenance à notre communauté.

L’engagement de la France aux côtés du Laos pour son intégration régionale est indiscutable et si nous applaudissons le rapprochement avec d’autres langues comme l’anglais que cette intégration implique, nous souhaitons que la Francophonie ait toute sa place dans ce processus en tant que composante de l’identité laotienne et valeur ajoutée pour le pays sur la scène internationale.

En cette période d’incertitude que connaît le monde, la langue offre en effet un gage de stabilité et de cohésion, de tolérance et de diversité. Mais pour jouer pleinement ce rôle, elle doit se montrer créative et dynamique pour s’adapter en permanence aux évolutions du monde moderne.

La France et la Francophonie sont donc des partenaires naturels qui accompagnent avec vigueur le Laos dans sa marche actuelle vers le progrès et la croissance. J’en veux pour preuve le succès remporté par les premiers « Rendez-Vous de Vientiane » en novembre dernier. Cet événement inédit au Laos tout en concrétisant le concept de Francophonie économique a prouvé que la langue française est aussi un outil au service de la croissance économique, de la compétitivité et de l’essor de l’emploi.

La Francophonie s’est d’ailleurs pourvue d’instances qui reflètent cette détermination à rechercher des réponses adaptées, aux réalités et aux défis d’aujourd’hui.

  • Le Forum francophone des Affaires ou les Rencontres Internationales de la Francophonie économique traduisent l’implication concrète de l’OIF dans le financement du développement mais aussi dans l’accompagnement aux politiques commerciales et de soutien aux entreprises.
  • L’Association internationale des maires francophones (AIMF), dont le bureau s’est tenu en mai 2013 à Vientiane, est l’opérateur historique de la Francophonie décentralisée. Au fil des années, nombreuses sont les villes, les communautés urbaines et les régions, à avoir rejoint ce mouvement.

Cela répond à la nécessité d’associer ces collectivités à nos actions de soutien à l’économie au niveau local.

Sur le versant du numérique, le Fonds francophone des Inforoutes s’est donné pour mission de développer l’usage et la maîtrise des TIC dans les pays du sud et d’accroître la présence francophone sur la toile. Dans ce domaine, le dynamisme du Pôle d’activités francophones de l’Université Nationale du Laos, fruit du partenariat entre la France, le Laos et l’Agence Universitaire de la Francophonie, mérite d’être salué. Les outils et ressources numériques mis à disposition des étudiants et des enseignants laotiens par ce Pôle sont essentiels au développement du français économique et de la professionnalisation. Je m’en félicite et rappelle que cet outil est également au service du conseil et de l’ingénierie de formation et de la consolidation de la coopération universitaire du Laos.

Quant à la lutte contre la fracture numérique, le projet de la Maison des savoirs a permis depuis 2007 (avec le soutien de l’AIMF, de l’AUF et de TV5 monde) à plus de 150 000 personnes à travers le monde, de se former aux technologies de l’information et de la communication. 17% des bénéficiaires sont des femmes âgées de moins de 25 ans, un des enjeux de la politique de développement.

Je rappelle à ce propos que depuis la conférence de Luxembourg organisée en 2000 par l’OIF et intitulée « femmes, pouvoir et développement », cette problématique n’a pas cessé d’être au centre de l’action de la Francophonie.

Le premier forum mondial des femmes francophones en 2013 à Paris ainsi que le second les 3 et 4 mars derniers à Kinshasa en sont une illustration. La thématique du forum de cette année était précisément le rôle des femmes dans le développement avec trois ateliers : femmes et éducation, femmes et pouvoirs, femmes et paix. Il a traité particulièrement de la scolarisation des filles jusqu’à 16 ans. Je déplore les difficultés techniques qui n’ont pas permis, cette année, à la délégation laotienne d’y prendre part, mais il y aura d’autres occasions.

Très modestement, j’ai été heureux d’organiser avec mon épouse un déjeuner pour une quarantaine de femmes sur le thème « Femmes et Francophonie ». A cette occasion, Monsieur Esat PEPOSI, enseignant de Lettres au Lycée français Josué-Hoffet de Vientiane, a animé avec grand talent une conférence consacrée aux salons littéraires tenus en France par des femmes au XVIIIème siècle, un pas vers l’émancipation de la Femme.

A ce sujet, je ne peux manquer de rappeler ici que le Laos peut s’honorer d’un exemple prometteur, celui de Vissa CHANTHAPHASSOUK, élève du Lycée français Hoffet, qui a remporté avec brio, la finale du concours international, co-organisé par l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger et l’UNESCO, intitulé « Ambassadeurs en herbe », en impressionnant le jury par son discours à la tribune de l’UNESCO à Paris.

Ainsi leurs talents, un professeur français et une élève laotienne, illustrent la contribution du lycée Hoffet, à l’élévation du niveau de formation et à la constitution d’une élite laotienne, raison pour laquelle les autorités laotiennes ont apporté leur soutien à son extension à l’occasion des rencontres de haut niveau entre nos deux Présidents en novembre 2012 à Vientiane puis plus récemment en octobre 2013 à Paris. Je forme solennellement le vœu en la circonstance qui nous réunit aujourd’hui que les signes encourageants envoyés récemment par le gouvernement laotien pour faire aboutir ce projet d’extension, se concrétisent à très brève échéance.

L’enracinement de la Francophonie dans ce pays, nous le devons d’abord à la conviction et au volontarisme de ses organes institutionnels depuis plus de vingt ans et je me permets d’adresser ici mes chaleureux remerciements aux autorités laotiennes pour la force de l’engagement dont il témoigne dans la valorisation de la langue française. Nous sommes fiers d’être votre principal partenaire sur ce chemin qui est celui que vous avez choisi.

Aujourd’hui, l’état de l’enseignement du français au Laos suscite des espoirs mais aussi des craintes.

Dans le cadre du projet VALOFRASE 2 (Valorisation du Français en Asie du Sud Est qui a donné lieu à la signature d’un accord intergouvernemental le 10 janvier 2012 entre la France, les ministères de l’Education des trois pays bénéficiaires (Cambodge, Vietnam et Laos), le Gouvernement du Canada-Québec, la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’OIF et l’AUF, la France s’est engagée à mettre en œuvre un important programme de soutien dit CEFASE (Consolidation de l’enseignement du français en Asie du Sud-Est). Les actions entreprises dans ce cadre au Laos ont permis aux élèves et étudiants laotiens de suivre des cursus d’excellence en langue française, depuis l’école primaire jusqu’à l’enseignement supérieur. Le maintien et l’amélioration constante de la qualité de cet enseignement passe par un accompagnement soutenu offert aux enseignants de français et en français, depuis leur formation initiale au sein des Ecoles Normales Supérieures ou à la Faculté des Sciences de l’éducation jusqu‘à leur formation continue tout au long de leur carrière. Ceci exige également un travail considérable de modernisation des contenus et supports en partenariat avec les équipes enseignantes laotiennes.

Dans le domaine de la coopération universitaire, la nécessité d’apporter des réponses adaptées aux besoins du développement économique du Laos exige la poursuite et l’intensification des efforts de création de nouvelles filières de formation.

Le partenariat qui tend à s’accroître entre les établissements laotiens et les établissements francophones est de nature à favoriser l’adéquation entre l’offre de formation et les attentes du marché du travail. Ces rapprochements permettent de mettre en évidence les opportunités éducatives, économiques et créatives qu’offrent les pays qui ont en partage l’enseignement et la pratique du français.

A cet égard, je considère que le Laos s’est doté d’un outil précieux en créant en juin 2012 l’Association laotienne de Promotion de la Langue Française qui regroupe en son sein de nombreux laotiens diplômés en France ou des autres pays de la Francophonie et notamment ceux de la région.

Cette association dont un des objectifs est de renforcer les liens entre les étudiants laotiens et le milieu universitaire francophone permet de mieux préparer les nouvelles générations d’étudiants à une poursuite d’études en France grâce notamment aux services de CampusFrance, à l’origine de la création de cette association.

Ceci me permet de souligner au passage la valeur et la qualité du travail de tous les acteurs de la Francophonie au Laos, qu’ils soient professeurs, étudiants de et en français, ou hauts responsables de l’administration, ou encore anonymes qui font vivre la langue française au quotidien et qui, malgré des conditions parfois difficiles, perpétuent le lien inaltérable qui unit nos deux cultures.

Je veux saisir également cette occasion pour signaler à nouveau le haut niveau et le poids des réalisations qui caractérisent la relation entre notre assistance technique en poste dans les établissements laotiens et nos partenaires. Cette relation, qu’elle concerne l’enseignement supérieur (l’UNL, l’Université des Sciences de la Santé, l’Université de Savannakhet, les Ecoles Normales Supérieures) ou encore les collèges et les lycées, incarne l’idée de coopération.

Il faut rappeler à ce sujet le succès remporté chaque année par les journées lao-françaises de la recherche pour le développement. Ces journées sont l’occasion de réunir des chercheurs laotiens et français effectuant des travaux sur le Laos, les universités laotiennes, les institutions de recherche françaises et francophones présentes au Laos et leurs étudiants ainsi que les scientifiques de la sous-région du Mékong. Ces journées étaient intégrées en 2013 au programme des premiers « Rendez-vous de Vientiane ».

Tout ne va cependant pas de soi, et parmi les défis considérables auxquels est confronté l’enseignement du français au Laos, celui de la relève générationnelle des enseignants reste encore aujourd’hui le défi majeur à relever. Certes, des dispositions en faveur de l’attractivité du métier d’enseignant ont déjà été prises par les autorités laotiennes, mais la question se pose avec une telle acuité qu’il convient d’envisager d’urgence d’autres mesures dans le cadre d’une stratégie audacieuse et véritablement concertée.

Sur cette note, il me reste maintenant à saluer l’ensemble de nos partenaires engagés au service de la valorisation de la langue française ici au Laos, et plus particulièrement cette année l’AUF, qui fête ses vingt ans de présence dans la région et qui peut s’enorgueillir d’être devenue, grâce à l’efficacité de ses actions, un acteur incontournable du paysage éducatif régional.

Pour conclure, je souhaite bonne chance à tous les participants engagés à travers tout le pays dans les multiples concours et spectacles organisés jusqu’à la fin du mois de mars. L’enthousiasme, le talent et les compétences des jeunes laotiens ont d’ailleurs déjà été récompensés le 12 mars dernier à l’occasion des résultats du concours international « Génération bilingue » organisé par l’Institut Français de Paris. Deux lycéens scolarisés dans les classes bilingues du lycée de Savannakhet ont en effet remporté la première place de ce concours de vidéos et verront leur production retransmise sur TV5Monde la semaine prochaine. Tout ceci témoigne d’une francophonie active au Laos et incite à l’optimisme.

Je tiens enfin à saluer l’ensemble des acteurs de la Francophonie qui font de ces célébrations un si beau succès.

Je vous remercie.

Dernière modification : 21/03/2014

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