Érosion et changement d’usage des terres dans le nord du Laos [IRD 2001]

L’érosion constitue la première cause de dégradation des terres au monde. Dans le nord Laos, l’IRD mène un programme innovant de recherche, de formation et de prévention.

L’érosion constitue la première cause de dégradation des terres au monde. Elle réduit non seulement, particulièrement dans les zones de montagne, les surfaces cultivables et la fertilité des sols, mais elle entraîne aussi, dans les régions situées en aval, la pollution des eaux, l’envasement des barrages et des périmètres irrigués. Sensible à des effets de seuil, souvent brutaux, l’érosion subit d’importantes variations lors des transitions rapides d’un système de culture à un autre. Tel est le cas au nord du Laos où l’augmentation de population, le regroupement de villages et la réforme foncière ont entraîné en moins de dix ans une réduction très sensible des périodes de jachères.

Le programme en cours dans la région de Louang Prabang vise à :

  1. améliorer les revenus des agriculteurs grâce à des pratiques culturales innovantes, respectueuses de l’environnement ;
  2. fournir aux décideurs des outils de prévision de l’érosion agricole en fonction de scénarios réalistes de changement d’usage des terres et des changements climatiques ;
  3. renforcer les capacités de recherches dans ce domaine au Laos ;
  4. former des étudiants laotiens et européens à l’étude intégrée des bassins versants ;
  5. approfondir nos connaissances sur les interactions entre systèmes de culture et dégradation des sols et des eaux.
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Le bassin versant de Houay Pano

Ces objectifs correspondent à ceux du programme régional mené conjointement par l’IRD et l’Institut international de gestion de l’eau (IWMI) au Laos, au Vietnam, en Thaïlande, aux Philippines et en Indonésie ; le Laos en étant le point focal.

Le bassin versant de Houay Pano, situé à 10 km de Louang Prabang couvre 65 ha. Il est cultivé par 32 familles en abattis-brûlis avec une durée de jachère réduite à deux-trois ans. Étudié depuis 1999, il est équipé d’une station météorologique automatique, de sept pluviomètres, de neuf seuils jaugeurs dotés de limnigraphes et de préleveurs automatiques. Trois systèmes culturaux innovants sont testés : la jachère améliorée par des légumineuses, la culture en courbes de niveaux de cordons d’ananas couplée à une jachère améliorée, le semis sous couverture vivante (système préconisé par le Cirad).

Ce programme mobilise six scientifiques de l’Inraf (Laos) et six de l’IRD (dont un volontaire international) affectés à Vientiane. Se trouvent ainsi réunies des compétences en agronomie, géographie humaine, hydrologie et science du sol en vue d’aborder des thèmes comme : les contraintes économiques et sociales, les conflits d’usages, la dynamique des systèmes de culture, l’enherbement, les érosions hydrique et aratoire à plusieurs échelles, la qualité des eaux, la séquestration et l’érosion du carbone.

Ces travaux bénéficient également de la collaboration de collègues du Cirad du Laos, et de missionnaires d’autres institutions françaises comme le CEA et l’Institut fédératif de recherche « Environnement et gestion de l’espace régional » qui comprend des laboratoires du CNRS, de l’Inra, du Cemagref et de l’INAPG. Ce programme s’appuie en effet sur des techniques de pointe de géochimie isotopique et de géophysique.

Ces études reçoivent l’appui financier de l’IRD, de l’IWMI, de l’Institut des sciences de l’univers, du ministère de la Recherche et du Fonds français pour l’environnement mondial. Lié à la Faculté d’agriculture de Nabong (Laos) et au DEA "Fonctionnement physique, chimique et biologique de la biosphère continentale" (Inra, Université Pierre et Marie Curie, et à l’INAPG), ce programme accueille chaque année quatre ou cinq étudiants laotiens et quatre ou cinq étudiants français. Avec les collègues de l’IRD de la même unité de recherche, ce programme organise aussi des ateliers de formation nationaux et régionaux. Ceux-ci reçoivent le concours du ministère des Affaires étrangères.

Il est prévu que le domaine d’intervention de ce programme s’étende spatialement à l’échelle de grands bassins versants dotés d’un barrage hydroélectrique (exemple au Laos : Nam Ngum), l’objectif étant de relier la conservation des sols du bassin situé en amont des barrages avec la sédimentation et la qualité des eaux des retenues de barrage.

Dernière modification : 24/06/2006

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