Prendre la route de Paksane et faire 13 km environ à partir du carrefour. Prendre à droite au km 21. Le repère est un petit restaurant au coin avec un arbre encerclé par une table, et à l’opposé, à gauche de l’autre côté de la route, on aperçoit le portique rouge et blanc d’une caserne.
Suivre la piste pendant 2 km, dépasser à droite un petit lac dans lequel baignent les pilotis de deux très vieux kiosques en bois réservés au repos et tourner à gauche en même temps qu’elle. En arivant, on est avant tout aveuglé par la clarté métallique du lac.
Lorsqu’on tourne la tête à gauche, on se sent tout de suite transporté dans un autre temps. Une vision quasi médiévale s’offre à nous avec de longues suites de toits de chaumes abritant des cuves fumantes et sous les remblais surélevés de terre, le feu couve, sans cesse alimenté par des femmes, des hommes, voire des enfants, tous gens du sel, génies des quatre éléments réunis, eau, terre, feu et bois, pour tirer le sel de la terre.
Nous sommes au pays du sel. Tout autour du site, la terre lance des éclats de lumière par les milliers de cristaux qu’elle offre au ciel.
Des pylônes métalliques, que certains lao comparent à la Tour Eiffel, abritent des pompes qui sont recouvertes de candélabres blancs. Le sel est partout. Les pompes aspirent l’eau du lac qui est mise dans de grands bacs rouillés au soleil où l’eau s’évapore. Les cristaux sont alors recueillis et à nouveau retrempés dans les bacs situés au-dessus des cheminées creusées dans la terre pour une seconde évaporation. Des hommes apportent le bois en tracteur et le déposent devant chaque bac où des femmes, en général, tirent les grosses bûches, qui auraient mérité un destin plus noble, et entretiennent leur feu.
Lorsqu’on pénètre sous les toits de chaume, la chaleur est intense et l’on se sent proche des portes de l’enfer. Pourtant, à voir s’affairer les femmes luisantes de sueur, délayant inlassablement le sel et l’eau dans la vapeur blanche, sous des poutres noircies par des générations de suie, répétant les mêmes gestes que leurs parents, leurs grand-parents et leurs ancêtres, tirant à elles les énormes troncs, remplissant d’énormes paniers de cristaux blancs, l’impression est que l’horloge du temps s’est arrêtée depuis un passé immémorial. Ici, pas de technologie de pointe, pas d’autre carburant, hélas, que ce magnifique bois, pris au alentours du lac, dans la forêt qui, déjà, montre des signes d’épuisement.
Plus loin, il y a des alignements de petites maisons de bambous. Le sel est séché et stocké ici avant sa mise en sac et le départ en camion. Chaque petite grange à sel porte un nom. Chaque ouvrier est responsable de sa propre production et sans doute, rémunéré au poids du sel récolté.
