Présentation du Laos au Sénat par l’Ambassadeur de France

Le Laos est un pays auquel nous sommes unis par des liens historiques mais qui restent très actuels.

Le Laos est aussi un pays méconnu auquel il est grand temps de porter un plus grand intérêt car il compte de vrais atouts malgré certains handicaps auxquels il s’efforce de remédier avec notre appui.

1/ Les points forts

On peut en retenir (au moins) 6 :

1.1 Au cœur d’une région du monde particulièrement dynamique, le Laos connaît un taux de croissance enviable : 8,3% en 2012 contre 4,8% pour l’Asie du Sud-Est et 7,8% pour la Chine.

Le Laos poursuit son décollage économique, avec une projection de croissance de 8% pour cette année et des perspectives positives à moyen-terme. Le PNB par tête est passé de 880 USD en 2009 à 1260 USD en 2012, soit 43% de hausse en 4 ans, ce qui permet d’envisager avec confiance le passage dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire à l’horizon 2020.

Les secteurs de l’hydro-électricité, de la construction, de l’agriculture de première transformation et des services (banques, télécoms, tourisme, transports) sont les principaux relais de cette croissance qui devrait se maintenir autour de 8% pour les prochaines années.

Le Forum économique mondial vient de faire entrer le Laos dans son classement de la compétitivité à la 81ème place, devant le Cambodge (88ème) et la Birmanie (139ème) et pas très loin derrière le Vietnam (70ème), ce qui est de bon augure.

1.2 L’espace : une des plus faibles densités de population en Asie.

Avec 236 800 km² pour 6,3 millions d’habitants, elle n’est que de 27,4 habitants au km² (80% le long du Mékong), contre 72,5 pour le Cambodge, 130 hab./km² pour la Thaïlande, 260 hab./km² pour le Vietnam et 145 hab./km² pour la Chine. Il existe donc de vastes espaces naturels encore largement préservés, notamment les 10 zones naturelles protégées.

Enfin, les ressources naturelles sont abondantes, ce que traduisent les exportations : matières premières pour les 2/3 dont le secteur minier (40%), le bois et l’hydroélectricité. Le défi est d’obtenir une meilleure capacité de production exportable notamment dans le textile et l’agriculture.

1.3 La stabilité politique et sociale :

Six Présidents de la République et six Premier ministres depuis 1975 (38 ans), sous un régime politique de Parti unique qui ne paraît pas, à court terme, menacé même si son fonctionnement soulève des questions.

1.4 Une ouverture économique et commerciale déterminée et qui va encore s’accentuer :

L’adhésion à l’OMC cette année, la participation à la zone de libre-échange (ZLE) de l’ASEAN en 2015, dont les effets vont se faire sentir au moins jusqu’à 2020, année où le Laos a décidé de renoncer au statut de PMA.

L’adhésion à l’OMC a conduit le Laos à la promulgation ou l’amendement de près d’une centaine de textes légaux et règlementaires pour se mettre en accord avec les normes internationales et cet effort va continuer. A bref délai, la décision courageuse d’entrer dans la ZLE de l’ASEAN dès 2015 pousse également aux réformes de gouvernance économique et commerciale indispensables à une intégration plus poussée au niveau régional.

1.5 Volonté de devenir un trait d’union

Pays enclavé, le Laos cherche à retourner la situation en devenant « trait d’union » entre ses puissants voisins (Chine, Vietnam, Thaïlande, Cambodge, Birmanie). Aussi le développement des infrastructures de transport est-il au cœur de sa stratégie d’intégration régionale.

Soutenu par des financements bilatéraux et multilatéraux et guidé par le programme des corridors de développement piloté par la Banque asiatique de développement, le Laos a entrepris ces dernières années des efforts considérables en matière d’équipement du territoire, visibles à travers la réalisation et la réfection de centaines de kilomètres de routes, la construction de ponts sur le Mékong et ses affluents (finalisation du 5ème pont de l’amitié lao-thaï à Bokeo, lancement tout récent du premier pont lao-birman) et la construction ou l’extension des infrastructures aéroportuaires (Wattay, Luang Prabang, Seno, Bokeo, Paksé), avec pour corollaire une réduction des coûts et des délais de transports.

Parallèlement, un important mouvement de modernisation des douanes est à l’œuvre sous l’impulsion de l’OMC et de l’ASEAN, avec la mise en place cette année du système informatisé douanier Sydonia (ONU) et le développement en cours d’un guichet unique des procédures EXIM par Bureau Veritas.

1.6 Une population très diverse mais unie

Si le pays compte officiellement 49 ethnies, on est loin de la situation de nombreux pays d’Afrique et d’Asie hantés par les affrontements interethniques. Le gouvernement s’efforce d’apaiser les tensions héritées de l’Histoire et d’inclure l’ensemble des populations dans le développement et de valoriser leurs contributions à une riche culture.

Les liens étroits avec la France y contribuent, grâce à une communauté de Français d’origine laotienne reflétant cette diversité, notamment sur le plan culturel, et forte de 100 à 150 000 personnes avec laquelle les Laotiens ont gardé le contact ; grâce aussi à une communauté française établie au Laos, plus de 2000 ressortissants, première communauté occidentale.

Cependant, on aurait tort de passer sous silence les faiblesses.

2/ Des handicaps à combler

2.1 L’enclavement

L’absence d’accès direct à la mer et l’obligation pour les camions, pour desservir les ports, de passer par la Thaïlande, donc de parcourir plusieurs centaines de kilomètres ou par le Vietnam où les formalités administratives sont plus lourdes, pèsent sur le coût des produits tant à l’importation qu’à l’exportation et constituent un facteur de dépendance vis-à-vis des pays voisins.

Le développement des infrastructures, notamment ferroviaires, devrait à l’avenir réduire ce handicap.

2.2 Une proportion encore excessive de la population pauvre

Même si le taux de pauvreté a diminué de 40 % entre 1992 et 2008, il reste élevé en affectant 28% de la population. La pauvreté en milieu rural reste le double de celle en milieu urbain. Notre coopération, avec celle de bien d’autres partenaires, est prioritairement destinée à lutter contre cette situation et vise à y encourager les pouvoirs publics laotiens.

2.3 Une gouvernance encore à parfaire

- En matière de justice, le Laos, sous l’impulsion de son Assemblée Nationale, a fait un grand effort législatif afin de développer son corpus juridique et a signé nombre des principales conventions internationales. Malheureusement leur pleine application demeure délicate. Le chemin vers un Etat de droit reste long puisque les institutions, les professionnels de justice et l’accès à la justice nécessitent des réformes de long terme, sur lesquelles la France et le Laos collaborent déjà en vertu d’un accord de financement conclu en présence des deux Présidents de la République le 5 novembre 2012.

- En matière économique, le Laos est classé 163ème pays sur 185 du rapport « Doing Business » 2013 de la Banque Mondiale, en progression de 3 places. A titre de comparaison, le Cambodge est 133ème, le Vietnam 99ème et la Thaïlande 18ème. En termes de corruption, le Laos est classé 160 sur 176 du classement Transparency International (Chine 80ème, Cambodge 157ème, Vietnam 156ème). Il a été placé au mois de juin sur la liste grise du GAFI en raison d’importantes déficiences dans le dispositif légal, réglementaire et institutionnel de lutte contre le blanchiment d’argent. Il reste donc beaucoup à faire pour conforter la gouvernance économique et financière.

2.4 Une population, et donc une main d’œuvre encore insuffisamment formées

- Son caractère rural à 70% et sa forte dispersion sur un territoire vaste et fortement accidenté ne facilitent pas l’accès aux services de base, notamment d’éducation. Le taux d’alphabétisation doit encore être amélioré chez les adultes (73%). Il est quasiment identique à celui du Cambodge mais encore loin de celui des autres pays voisins tels que la Chine, la Thaïlande, le Vietnam ou la Birmanie dont les taux sont tous compris entre 92 et 96 % (UNICEF).

- Le Laos a néanmoins réalisé des efforts importants en matière d’éducation comme en témoigne l’augmentation du taux d’inscription en primaire qui est passé de 58,8% à 95,2 entre 1992 et 2012.

- Pour les entreprises, ce handicap peut en partie être compensé par l’appel à une main d’œuvre étrangère, notamment thaïlandaise qui parle la même langue, et par des programmes internes de formation accélérée (exemple d’Essilor).

2.5 Conforter le décollage économique

Le décollage de l’économie laotienne reste handicapé par ces carences structurelles et par la dépendance à l’égard de l’aide internationale (60% des dépenses publiques proviennent de l’APD).

A ces données fondamentales s’ajoute une logique de surconcentration des investissements dans la valorisation des ressources naturelles qui fait craindre le développement d’un « syndrome hollandais », privant les secteurs manufacturier et des services des capitaux essentiels à une croissance pérenne et augmentant en parallèle la vulnérabilité du pays à la volatilité des cours mondiaux de matières premières.

Afin d’y remédier, l’Etat s’efforce de parvenir à une meilleure maîtrise des déficits public et courant, une gouvernance bancaire plus rigoureuse et une planification plus volontariste en faveur d’investissements durables et profitant à sa population.

2.6 Un risque possible d’endettement

Peu endetté actuellement, le Laos hésite manifestement à se lancer dans des « méga-projets » comme celui de la ligne ferroviaire Kunming-Vientiane qui permettrait d’établir un lien entre la Chine et Bangkok, puis la baie du Bengale, mais dont le financement par endettement constituerait, selon les IFIs, un lourd fardeau.

3/ Une volonté partagée entre le Laos et la France : le développement durable

3.1 Trois domaines concentrent la plus grande partie de nos moyens de coopération : la santé, l’agriculture et le développement urbain-patrimoine dans le cadre des projets menés par l’Agence Française de Développement (AFD) et par le MAE.

Notre coopération est également active dans les domaines de la francophonie et de la culture, de la gouvernance, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

L’en-cours de notre aide publique était en 2011 de 32 M € (hors prêts) et les décaissements se sont élevés cette même année à près de10,5 M €, plaçant la France au 7ème rang des bailleurs de fonds bilatéraux.

3.2 L’orientation en faveur de la diplomatie économique est déjà substantielle

- Grâce à un stock d’IDE avoisinant les 400 M €, notre pays est le 5ème investisseur étranger au Laos et la 1ère nation occidentale. EDF, qui a construit et exploite la plus grande centrale hydroélectrique du pays - Nam Theun 2, 1100 MW, extension de 400 MW à l’étude– est l’un des premiers investisseurs du pays. Une quinzaine de filiales françaises et une centaine d’entreprises gérées par nos compatriotes ou à capitaux français sont présentes au Laos, principalement dans les secteurs du tourisme, de la construction, et du commerce de détail.

- La France est le 6ème partenaire commercial du Laos et le 1er fournisseur européen du Laos avec 50 M € d’exportations et un solde excédentaire de 37 M € au cours des 12 derniers mois. D’un niveau modeste, la bonne santé des exportations françaises depuis 2009 résulte à 90% de la vente de 6 ATR 72 et de 2 A 320, les 10 % restants représentant des biens d’équipement mécaniques et électriques et des produits de l’industrie agroalimentaire.

- La diplomatie économique permet l’amélioration de la coordination entre les acteurs économiques français au Laos. Elle a lancé un travail sur l’environnement légal des affaires, la recherche de synergie entre projets de coopération et secteur privé et enfin l’analyse des opportunités des marchés domestique et régional.

En conclusion, la bonne qualité de notre relation bilatérale est illustrée par la visite du Président de la République, M. François Hollande, le 5 novembre 2012 à Vientiane, qui va être suivie de celle en France de son homologue laotien, M. Choummaly Sayasone.

Depuis un an, la France a également accueilli plusieurs membres du gouvernement laotien dont les deux vice-Premiers ministres MM Somsavat Lengsavad, chargé des affaires économiques et Thongloun Sisoulith, ministre des Affaires étrangères.

Le lancement pour la première fois d’une semaine française au Laos, sur une initiative de la communauté d’affaires française que j’ai immédiatement soutenue et qui est pleinement adoptée par les autorités laotiennes, comme en atteste la présence à mes côtés de SEMA Khouanta Palivong, illustre cette volonté partagée.

Place donc aux « rendez vous de Vientiane » qui vont vous être présentés par les représentants des milieux professionnels français.

Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification : 23/09/2013

Haut de page