Réception en l’honneur de l’ONG Sengsavang

L’ONG Sengsavang (anciennement AFESIP Laos) a remporté le 10 décembre dernier le Prix des droits de l’Homme de la République française. Pour célébrer cette récompense, une réception en son honneur était organisée le 19 décembre à la Résidence de France.

Le Prix des Droits de l’Homme de la République française récompense des actions individuelles ou collectives de terrain menées en France ou à l’étranger. En étant remis à Sengsavang, il distinguait l’action de l’ONG dans sa lutte contre la traite et l’exploitation des enfants au Laos.

Sengsavang apporte son aide aux enfants et femmes du Laos victimes de traite humaine et d’exploitation commerciale et sexuelle.

Elle restaure les droits des victimes par une prise en charge globale (soutien psychologique, médical, légal et formation professionnelle) afin de les aider à se reconstruire et à se réintégrer de façon durable dans la société laotienne. Elle contribue également au renforcement des capacités des acteurs gouvernementaux, notamment du point de vue de la prise en charge des victimes.

A cette occasion, l’Ambassadeur de France au Laos, M. Yves Carmona, a prononcé le discours suivant :

"Je voudrais tout d’abord vous remercier chaleureusement d’être venus à ce cocktail en hommage à l’action de l’association Sengsavang, anciennement dénommée Agir pour les Femmes en Situation Précaire (AFESIP).

Je tiens à saluer particulièrement la présence des autorités laotiennes, et à les remercier personnellement d’avoir répondu favorablement à mon invitation, et de s’être associées à cette manifestation.

Cela fait plus de 8 ans que Sengsavang intervient au Laos pour lutter contre les causes et les conséquences de la traite humaine et de l’exploitation sexuelle des enfants et des femmes.

Elle demeure aujourd’hui la seule organisation au Laos exclusivement destinée à la lutte contre ces horribles pratiques. Ceci n’est pas anodin. La traite humaine est en Asie du Sud-Est la troisième activité criminelle la plus lucrative. Chaque année, plusieurs centaines de milliers d’enfants et de femmes y sont victimes de violences sexuelles et d’abus.

Les services d’assistance aux victimes tels que ceux offerts par Sengsavang sont donc particulièrement nécessaires. L’association a déjà accueilli 421 jeunes filles dans ses centres de réintégration, facilitant la réhabilitation et la réintégration socioéconomique des victimes.

Ses actions de prévention, de sensibilisation et de plaidoyer ont permis d’en sauver bien d’autres. Cette approche préventive est tout aussi essentielle car le trafic humain est en augmentation au Laos ces dernières années. Plusieurs études ont montré que la grande majorité des victimes d’un tel trafic sont des jeunes filles âgées de 12 à 18 ans, en grande partie originaires de villages très pauvres. Elles partent travailler dans d’autres villes, d’autres provinces voire d’autres pays et se retrouvent dans des situations dont elles ont toutes les peines à s’extraire.

L’intégration régionale que va renforcer l’AEC fin 2015 apportera des bienfaits économiques mais amplifiera aussi des risques sociaux, et parmi eux, le trafic d’êtres humains.

En centrant son accompagnement sur la victime et ses droits, Sengsavang s’engage avant tout dans une lutte pour la justice, l’égalité et la dignité de ces femmes et enfants. Elle répond à une valeur essentielle énoncée dès l’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui proclame : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».

La France est fermement engagée dans cette lutte. En attestent sa signature du 3ème protocole de la convention des droits de l’enfant à l’ONU le 20 novembre 2014 et sa ratification, le 4 juillet 2014, de la Convention d’Istanbul, convention sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique.

L’attachement de mon pays à ces valeurs se traduit aussi par un appui aux acteurs de la société civile qui y concourent. Sengsavang en est l’exemple. Après un soutien financier du ministère français des Affaires étrangères et du Développement international et de l’Agence française pour le Développement pendant plusieurs années, l’ONG vient de recevoir une distinction chère à la France.

C’est en effet pour son action en défense des droits de l’Homme que le 9 décembre dernier, Madame Christiane TAUBIRA, garde des Sceaux de la République française, et Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, ont remis à Paris le Prix des droits de l’Homme de la République française 2014 à l’ONG à laquelle je tenais aujourd’hui à rendre hommage.

Depuis 1988, ce Prix distingue des actions de terrain et des projets portant sur la protection et la promotion effectives des droits de l’Homme, dans l’esprit de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, sans distinction de nationalité ou de frontière. Il est attribué à cinq lauréats pour une durée d’une année. En 25 ans, 170 associations ont été récompensées.

Cette année, le Prix a été décerné à 5 organisations non gouvernementales (laotienne mais aussi bolivienne, égyptienne, et malgaches) travaillant sur la traite et l’exploitation des enfants ou sur l’accès des femmes aux responsabilités dans la vie politique, économique, sociale et culturelle. En outre, cinq ONG du Kenya, du Népal, de Thaïlande, du Vietnam et du Venezuela ont été distinguées par une « mention spéciale » de ce même prix.

Le soutien financier associé à ce Prix, d’un montant de 14 000 €, permettra à ces ONG, de mener à bien des projets concrets. Il permettra à Sengsavang de poursuivre ses actions de prévention et de sensibilisation auprès des enfants et des jeunes filles risquant d’être victimes de traite et d’exploitation sexuelle au Laos, et d’offrir une aide holistique aux victimes. Il permettra aussi, je l’espère, de faciliter la restructuration de l’association et permettre son renforcement local.

Car cette distinction témoigne également de l’importance du travail accompli par les ONG et les sociétés civiles de par le monde pour le développement et la défense des droits de l’Homme. Puisse le changement de nom d’AFESIP à Sengsavang et la restructuration de l’association conforter votre action ici au Laos, et votre contribution au respect des droits des enfants et des femmes laotiennes."

Dernière modification : 19/12/2014

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