Signification des cérémonies de baci et de soukhouane

Article paru dans Le Rénovateur n°779 (20 janvier 2014)

Le « baci » et le« soukhouane » sont des rites traditionnels très présents dans les us et coutumes lao, observés dans toutes les régions du pays, transmis de longue date de génération en génération. Les organisateurs d’une cérémonie de baci ou de soukhouane doivent préalablement convier les participants considérés comme importants, des cousins, des amis intimes, des sages du village et surtout le « mophone » (officiant), auxquels sont envoyés des cartons d’invitation. En fait, ces deux mots ont un sens identique mais on utilise l’un ou l’autre selon les circonstances : le baci s’applique à une cérémonie à laquel le assistent des personnalités importantes, des dirigeants, des hauts fonctionnaires etc., le soukhouane dans les autres cas.

Le « makbéng » est l’accessoire naturel le plus important du baci. Il est constitué de feuilles de bananier pliées selon l’art traditionnel lao, orné de fleurs et de fils de coton blanc, et présenté sur le « phakhouane », un grand plateau placé au milieu de la salle de cérémonie et sur lequel sont posés du riz gluant, de l’eau, de l’alcool, des bonbons, du poulet cuit, des œufs durs, des fleurs, des fils de coton blanc, des fruits etc. Quand tout est prêt, les participants s’assoient autour, en joignant les mains l’un après l’autre. Puis le mophone allume les deux grandes bougies disposées au sommet du makbéng. Il commence à réciter les textes rituels, d’abord en pali puis en y mêlant des mots en sanscrit. Ce sont de bonnes paroles pour souhaiter bonheur et longévité aux personnes présentes et aux organisateurs. Le mophone rappelle ensuite les âmes des organisateurs : on croit en effet qu’elles tombent parfois dans la tristesse et cherchent alors à quitter le corps qui les abrite pour aller vers d’autres lieux et certaines circonstances, avant de revenir au corps qu’elles ont quitté. « Mayeu Khouaneuy ! » (« Revenez donc, les âmes ! »), s’écrie le mophone, et les participants assis autour du plateau lancent des grains du riz vers les organisateurs et les autres personnes en répétant ces mots. En quelques instants, la natte sur laquelle sont assis les participants est jonchée de grains de riz, sans parler de ceux qui parsèment les cheveux ou les chemises, suscitant la surprise et la joie des participants.

Les Lao organisent un baci en diverses circonstances. C’est généralement le cas lorsque des membres de la famille sont en mauvaise santé physique ou morale, surtout au moment de la convalescence qui suit une hospitalisation, ou bien à l’occasion d’un mariage, de la visite de membres de la famille, du Nouvel An lao, d’une pendaison de crémaillère, de la naissance d’un bébé, d’une promotion au travail etc. Cette cérémonie est censée procurer de l’énergie physique et mentale à ses organisateurs, leur donner confiance et succès dans le travail, leur apporter la chance, la prospérité et le succès.

Après les paroles préliminaires, le mophone noue des fils de coton blanc au poignet des organisateurs, puis les autres font de même, parfois en attachant des billets à ces fils. Selon la croyance, il faut attendre au moins trois jours avant d’enlever les fils. En tout état de cause, le baci sert à adresser des vœux de bonne santé, de prospérité, d’amour et de réussite professionnelle. A la cérémonie succède un long moment de convivialité où l’on mange, on danse et on s’amuse, au son d’un orchestre dont la musique anime les environs aussi longtemps que dure la fête.

Phong Thammavongsa

Dernière modification : 24/01/2014

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